Avec plus de 8 millions d’habitants, la région Auvergne-Rhône-Alpes est la deuxième plus peuplée de France, mais elle se distingue par une géographie fortement contrastée. Près de 70 % du territoire est rural ou montagnard : Massif Central, Alpes, Préalpes, Monts du Forez… Ces zones cumulent certains handicaps persistants :
Face à cette situation, la « fracture sanitaire » continue de s’approfondir dans certaines vallées, renforçant les inégalités d’accès aux soins, malgré le dynamisme de la région.
Créées dans le cadre de la loi santé 2016, puis renforcées avec « Ma Santé 2022 », les CPTS sont conçues comme des espaces de coordination et d’action réunissant l’ensemble des professionnels de santé d’un territoire : médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, kinésithérapeutes, orthophonistes, acteurs du médico-social et du social. La mission première : améliorer la réponse aux besoins de santé en favorisant l’action collective.
Le cahier des charges des CPTS est structuré autour de 5 missions principales (Assurance maladie, fiche repère 2023) :
En milieux ruraux et de montagne d’Auvergne-Rhône-Alpes, plusieurs adaptations s’imposent, compte tenu de la dispersion de la population, de la faible densité de professionnels, et des particularités géographiques.
Au premier trimestre 2024, plus de 50 CPTS étaient actives en Auvergne-Rhône-Alpes avec une montée en charge accélérée dans les secteurs ruraux (Agence Régionale de Santé ARA, état des lieux 2024). Quelques illustrations de leur action en territoires de montagne :
Par leur connaissance fine du terrain et la flexibilité des modèles organisationnels portés par les acteurs locaux, les CPTS s’adaptent concrètement à la diversité des besoins.
La démographie médicale est, dans de nombreux secteurs de la région, en crise : en 2022, 38 % des médecins généralistes d’Auvergne-Rhône-Alpes avaient plus de 60 ans (Atlas démographique CNOM). Les remplacements sont rares et l’installation de jeunes professionnels reste difficile.
Les CPTS tentent de répondre à ce défi par divers leviers :
De plus, la coordination avec les hôpitaux de référence (CHU Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon) et les établissements de santé de proximité (hôpitaux de petits bassins, centres de santé) s’intègre dans une logique de parcours global, évitant les ruptures, notamment à la suite d’une hospitalisation.
Les CPTS jouent un rôle moteur dans le développement de la prévention et de l’éducation à la santé, enjeu particulièrement vital en zones rurales où les campagnes d’information classiques peinent à toucher tous les publics.
Parmi les actions phares observées ces dernières années :
L’effet réseau s’observe notamment par la mutualisation des moyens, le partage d’informations et le développement de supports adaptés aux territoires (signalétique simplifiée, guides pour publics isolés).
Si le modèle CPTS s’est imposé comme levier majeur d’organisation des soins en milieux ruraux et de montagne, il reste confronté à plusieurs écueils notables (source : Observatoire Régional de la Santé ARA) :
À moyen terme, l’enjeu est autant d’améliorer la couverture quantitative que la qualité des parcours. Les CPTS pourraient devenir des « chefs d’orchestre » des réseaux de santé territoriaux, articulant médecine de ville, établissement, secteur médico-social, acteurs associatifs et collectivités locales. Leur impact sur l’attractivité médicale, la prévention et le maintien du lien social reste un enjeu de veille et d’évaluation permanent.
L’expérience accumulée en Auvergne-Rhône-Alpes confirme le potentiel des CPTS, mais rappelle la nécessité d’un accompagnement public fort, de dispositifs de soutien logistique et de reconnaissance du temps de coordination des professionnels. Face aux défis qui toucheront durablement les zones rurales et de montagne, leur montée en puissance peut dessiner les contours d’un accès aux soins plus solidaire et durable pour les territoires longtemps relégués à la périphérie des politiques de santé.
Sources principales :