Les CPTS, leviers essentiels pour l’équité des soins en milieux ruraux et de montagne d’Auvergne-Rhône-Alpes

7 février 2026

Dans l’écosystème sanitaire d’Auvergne-Rhône-Alpes, les zones rurales et de montagne sont confrontées à des défis d’accès aux soins majeurs. Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) ont émergé comme réponse innovante, avec plusieurs missions clés :
  • Coordination entre professionnels de santé pour compenser l’isolement médical.
  • Organisation de la permanence des soins adaptée aux contraintes territoriales.
  • Meilleure orientation des patients et prévention collective ciblée.
  • Partenariats renforcés avec les acteurs locaux et hospitaliers.
  • Réduction concrète des inégalités territoriales d’accès aux soins.
  • Ajustement pragmatique face à la pénurie de médecins et à la fermeture de services de proximité.
L’action des CPTS, en s’appuyant sur la connaissance fine du terrain, bouscule les lignes et amorce, non sans difficultés, une transformation profonde de l’accès à la santé pour ces territoires.

Avec plus de 8 millions d’habitants, la région Auvergne-Rhône-Alpes est la deuxième plus peuplée de France, mais elle se distingue par une géographie fortement contrastée. Près de 70 % du territoire est rural ou montagnard : Massif Central, Alpes, Préalpes, Monts du Forez… Ces zones cumulent certains handicaps persistants :

  • Densités médicales inférieures à la moyenne nationale (cf. Atlas régional ORS ARA)
  • Vieillissement plus accentué de la population ; part des plus de 65 ans dépassant 25 % de la population dans certains massifs (INSEE, 2021)
  • Services de santé publics menacés dans les petites villes : fermetures de maternités, de lignes de garde, délais d’accès à un médecin généraliste dépassant 10 jours dans certains secteurs (DREES, 2023)
  • Difficultés d’attractivité pour l’installation de nouveaux professionnels
  • Isolement accentué en période hivernale (routes coupées, accès difficile pour le SMUR et les urgences)

Face à cette situation, la « fracture sanitaire » continue de s’approfondir dans certaines vallées, renforçant les inégalités d’accès aux soins, malgré le dynamisme de la région.

Créées dans le cadre de la loi santé 2016, puis renforcées avec « Ma Santé 2022 », les CPTS sont conçues comme des espaces de coordination et d’action réunissant l’ensemble des professionnels de santé d’un territoire : médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, kinésithérapeutes, orthophonistes, acteurs du médico-social et du social. La mission première : améliorer la réponse aux besoins de santé en favorisant l’action collective.

Le cahier des charges des CPTS est structuré autour de 5 missions principales (Assurance maladie, fiche repère 2023) :

  1. Améliorer l’accès au médecin traitant
  2. Organiser la réponse aux soins non programmés
  3. Développer l’organisation de la prévention
  4. Assurer la coordination entre professionnels pour les parcours complexes (polypathologies, sortie hospitalière…)
  5. Contribuer à la gestion des crises sanitaires (canicule, épidémies…)

En milieux ruraux et de montagne d’Auvergne-Rhône-Alpes, plusieurs adaptations s’imposent, compte tenu de la dispersion de la population, de la faible densité de professionnels, et des particularités géographiques.

Au premier trimestre 2024, plus de 50 CPTS étaient actives en Auvergne-Rhône-Alpes avec une montée en charge accélérée dans les secteurs ruraux (Agence Régionale de Santé ARA, état des lieux 2024). Quelques illustrations de leur action en territoires de montagne :

  • CPTS du Massif du Vercors : collaboration renforcée avec le SMUR de Grenoble pour assurer une astreinte médicale lors des périodes de forte affluence touristique, en particulier lors des saisons d’hiver (source : ARS ARA, 2023).
  • CPTS du Pays d’Aurillac : organisation de parcours coordonnés pour les personnes âgées polypathologiques, avec déploiement d’un numéro unique de coordination et partenariat avec les Ehpad pour anticiper les situations de crise (source : Conseil départemental du Cantal, 2023).
  • CPTS Val d’Allier : mise en place de consultations avancées dans des communes isolées et actions de prévention contre les chutes chez les seniors, via des campagnes itinérantes en partenariat avec la MSA (source : CPTS Val d’Allier, rapport annuel 2022).

Par leur connaissance fine du terrain et la flexibilité des modèles organisationnels portés par les acteurs locaux, les CPTS s’adaptent concrètement à la diversité des besoins.

La démographie médicale est, dans de nombreux secteurs de la région, en crise : en 2022, 38 % des médecins généralistes d’Auvergne-Rhône-Alpes avaient plus de 60 ans (Atlas démographique CNOM). Les remplacements sont rares et l’installation de jeunes professionnels reste difficile.

Les CPTS tentent de répondre à ce défi par divers leviers :

  • Mise en place de protocoles pluriprofessionnels : délégation d’actes, partage de dossiers, organisation de réunions de concertation pluriprofessionnelles (RCP) en visioconférence pour les situations complexes.
  • Création de postes d’assistants médicaux mutualisés ou d’infirmiers en pratique avancée pour alléger la charge des médecins et fluidifier les prises en charge (ORS ARA, 2022).
  • Facilitation de l’accueil de stagiaires, internes et jeunes médecins : organisation de logements, tutorats, stages de découverte du territoire, afin de lutter contre le sentiment d’isolement professionnel.
  • Partenariat avec les élus locaux pour le maintien des services publics essentiels (garde médicale, pharmacies, transports sanitaires).

De plus, la coordination avec les hôpitaux de référence (CHU Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon) et les établissements de santé de proximité (hôpitaux de petits bassins, centres de santé) s’intègre dans une logique de parcours global, évitant les ruptures, notamment à la suite d’une hospitalisation.

Les CPTS jouent un rôle moteur dans le développement de la prévention et de l’éducation à la santé, enjeu particulièrement vital en zones rurales où les campagnes d’information classiques peinent à toucher tous les publics.

Parmi les actions phares observées ces dernières années :

  • Déploiement de caravanes de santé pour le dépistage (diabète, cancers, troubles visuels auditifs) en coopération avec la CPAM et les associations locales.
  • Organisation d’ateliers de prévention (nutrition, équilibre, gestion du stress) dans les communes éloignées, en partenariat avec les collectivités et la Mutualité Française.
  • Actions spécifiques à destination des agriculteurs (prévention des accidents, santé mentale), en lien avec la MSA Auvergne et Rhône-Alpes.
  • Rôle de veille en matière de santé publique lors d’épisodes de canicule ou d’épidémies aiguës (Covid-19, bronchiolite : relais de l’information, montage de centres de vaccination ou de consultation dans les bourgs centres, etc.).

L’effet réseau s’observe notamment par la mutualisation des moyens, le partage d’informations et le développement de supports adaptés aux territoires (signalétique simplifiée, guides pour publics isolés).

Si le modèle CPTS s’est imposé comme levier majeur d’organisation des soins en milieux ruraux et de montagne, il reste confronté à plusieurs écueils notables (source : Observatoire Régional de la Santé ARA) :

  • Difficultés d’engagement des professionnels, souvent submergés par la charge clinique, limitant leur disponibilité à s’investir dans la coordination.
  • Marge de manœuvre souvent restreinte vis-à-vis de la seule démographie (une CPTS ne peut « créer » des médecins).
  • Hétérogénéité dans le fonctionnement, voire dans l’efficience : là où la dynamique locale est forte et les acteurs motivés, les CPTS sont très structurantes, ailleurs elles peinent à sortir d’un rôle formel.
  • Besoin de simplification administrative et d’un meilleur appui financier, notamment pour soutenir l’innovation ou la logistique en milieu reculé.

À moyen terme, l’enjeu est autant d’améliorer la couverture quantitative que la qualité des parcours. Les CPTS pourraient devenir des « chefs d’orchestre » des réseaux de santé territoriaux, articulant médecine de ville, établissement, secteur médico-social, acteurs associatifs et collectivités locales. Leur impact sur l’attractivité médicale, la prévention et le maintien du lien social reste un enjeu de veille et d’évaluation permanent.

L’expérience accumulée en Auvergne-Rhône-Alpes confirme le potentiel des CPTS, mais rappelle la nécessité d’un accompagnement public fort, de dispositifs de soutien logistique et de reconnaissance du temps de coordination des professionnels. Face aux défis qui toucheront durablement les zones rurales et de montagne, leur montée en puissance peut dessiner les contours d’un accès aux soins plus solidaire et durable pour les territoires longtemps relégués à la périphérie des politiques de santé.

Sources principales :

  • Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes : www.auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr
  • Observatoire Régional de la Santé ARA : www.ors-auvergne-rhone-alpes.org
  • INSEE, Atlas régional Auvergne-Rhône-Alpes
  • DREES, données 2023
  • Conseil National de l’Ordre des Médecins, Atlas 2022
  • Documentation Assurance Maladie, « Les missions des CPTS », 2023
  • Rapports annuels CPTS Val d’Allier, Conseil départemental Cantal

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