Les soins non programmés recouvrent l’ensemble des consultations médicales qui ne relèvent pas d’une urgence vitale, mais qui doivent être réalisées dans un délai court : fièvre élevée, douleurs aiguës, blessures sans critère de gravité, etc. Ils s’opposent ainsi aux soins programmés (suivi de maladie chronique, expertise, prévention), tout en restant distincts du recours aux services d’urgences, réservés aux situations graves.
En France, la densité médicale, la proximité des professionnels et l’organisation du territoire déterminent fortement l’accès à ces soins. Or, dans les zones rurales ou de montagne, plusieurs défis s’imposent :
La région Auvergne Rhône-Alpes concentre près de 40 % de zones rurales ou de montagne, de la Haute-Loire au Cantal jusqu’au massif des Alpes. Le manque de réponse organisée aux soins non programmés y expose certains habitants à des renoncements, des parcours de soins fragmentés, voire à un sentiment d’abandon médical.
Selon une enquête réalisée par l’ARS AuRA en 2022, plus de 65 % des habitants des zones rurales déclarent avoir rencontré une difficulté pour accéder à une consultation rapide hors de leur médecin habituel au cours des 12 derniers mois (Source : ARS AuRA, Rapport sur l’accès aux soins en milieu rural, 2022).
Le défi de l’organisation des soins non programmés repose sur la mobilisation coordonnée de plusieurs acteurs :
Diverses expériences locales illustrent la capacité d’adaptation des territoires.
Certaines maisons de santé, comme à Saint-Flour (Cantal) ou Brioude (Haute-Loire), allouent un certain nombre de plages horaires chaque jour à la prise en charge sans rendez-vous. Ce travail d’organisation nécessite la coopération entre professionnels pour ne pas saturer l’offre ni désorganiser la prise en charge des patients chroniques.
Historiquement, la PDSA répond la nuit, le week-end et les jours fériés. La tendance en Auvergne Rhône-Alpes est à la réorganisation selon les ressources locales :
Dans le massif du Vercors, la CPTS locale a négocié localement des gardes tournantes, couplées avec la mobilisation de médecins intérimaires venus en appui des équipes permanentes (source : CPTS Vercors, 2023).
Au-delà de la téléconsultation individuelle, des cabines ou boxes de téléconsultation sont installées dans certaines maisons de santé, pharmacies ou mairies rurales. Ces dispositifs, soutenus par des financements ARS et collectivités, permettent à un patient sans internet à domicile d’être orienté en visio vers un médecin régulateur. Exemples : cabines MédecinDirect à Mont-Dore ou dans le Haut-Bugey.
Les Ateliers Santé Ville et plateformes territorialisées d’information grand public (ex : Ma Santé 2022) jouent aussi un rôle de centralisation de l’offre disponible en temps réel.
Face à la pénurie de médecins, l’ARS AuRA appuie des expérimentations : assistants médicaux, infirmiers en pratique avancée habilités à gérer certains motifs simples en autonomie, protocoles entre pharmaciens et médecins pour certaines pathologies courantes (cystites, angines…).
Malgré ces initiatives, plusieurs obstacles perdurent :
L’avenir de l’organisation des soins non programmés en zones rurales et de montagne ne pourra pas s’appuyer sur un seul modèle. Plusieurs constats semblent faire consensus parmi les experts et les acteurs du terrain (source : Drees, ARS AuRA, rapports de mission santé publique 2022-2023, SFMG) :
Ainsi, organiser l’accès aux soins non programmés dans les zones rurales et de montagne d’Auvergne Rhône-Alpes repose sur une mosaïque d’initiatives localement adaptées, à la croisée de l’innovation, du bon sens collectif et d’une solidarité territoriale renouvelée. Les enjeux d’équité et de continuité d’accès sont d’autant plus cruciaux que ces territoires, comme l’ensemble du pays, font face à une transition démographique majeure. L’écoute, la coordination et le soutien institutionnel aux expérimentations locales resteront le moteur indispensable pour garantir à chacun la sécurité et la qualité du parcours de soins, partout sur le territoire.
Pour aller plus loin :