Les inégalités d’accès aux programmes de dépistage persistent en France, en particulier dans les quartiers populaires qualifiés de "quartiers prioritaires de la politique de la ville" (QPV). Selon Santé Publique France, la participation au dépistage du cancer du sein y était inférieure de 10 points à la moyenne nationale dès 2019 (Santé Publique France). Ce fossé ne se limite pas au dépistage du cancer : il s’observe aussi pour d’autres maladies, telles que les infections sexuellement transmissibles (IST), le diabète ou le VIH.
Plusieurs facteurs expliquent ces écarts. Le cumul de difficultés socio-économiques (précarité, chômage, faible niveau d’éducation), de barrières linguistiques, de défiance vis-à-vis des institutions ou encore de freins culturels entraîne une moindre connaissance des dispositifs, une sous-estimation du risque et des retards de recours aux soins. Sans action spécifique, la généralisation des campagnes de santé publique tend donc à renforcer ces inégalités.
Sensibiliser efficacement aux dépistages dans ces quartiers nécessite d’identifier et d’agir sur les freins concrets :
Pour surmonter ces freins, des stratégies spécifiques se révèlent plus adaptées, comme l’attestent les retours d’expériences en Auvergne Rhône-Alpes et ailleurs. Voici plusieurs méthodes ayant prouvé leur efficacité.
L’une des grandes innovations des dix dernières années est le recours à l’"aller-vers" : au lieu d’attendre que les personnes se rendent chez un professionnel de santé, ce sont les équipes qui se déplacent au sein même des quartiers.
La réussite des campagnes de dépistage repose souvent sur le rôle d’intermédiaires de confiance, bien identifiés au sein du quartier.
L’efficacité de la sensibilisation dépend de la capacité à rendre les messages compréhensibles et accessibles.
Plutôt que de s'en tenir à la transmission de connaissances descendante, certaines actions valorisent la participation directe des habitants dans la conduite des campagnes de prévention :
| Type d’action | Augmentation moyenne du recours au dépistage | Source |
|---|---|---|
| Médiation en santé (cancer du sein, Auvergne et Ile-de-France) | +15 à 25% | INCa, 2023 |
| Camions de dépistage VIH-Hépatites | +40% de tests dans les zones ciblées | Santé Publique France |
| Actions de sensibilisation lors d’événements festifs | +20 à 30% de visiteurs testés | Ligue contre le cancer |
Ces chiffres éclairent l’importance de démarches adaptées et collectives, mais renvoient aussi à la nécessité d’une évaluation régulière : toutes les stratégies ne fonctionnent pas partout, et les dynamiques de quartier évoluent sans cesse.
Malgré de nombreux succès, plusieurs limites subsistent :
Mieux intégrer les démarches de prévention et d’accès aux soins dans les politiques publiques locales – via les Contrats Locaux de Santé, par exemple – reste un enjeu fort pour garantir la continuité et l’impact de ces actions.
Face aux inégalités persistantes, l’idée d’étendre les dispositifs “aller-vers” et de renforcer la place des médiateurs de santé gagne du terrain. Le Ségur de la Santé, lancé en 2020, prévoit d’ailleurs le développement de ces postes pivots. Plusieurs Agences Régionales de Santé ont démarré des expérimentations à grande échelle, parfois en lien avec les Maisons Sport-Santé ou les Conseils Locaux de Santé Mentale (Ministère de la Santé).
L’autre axe prometteur réside dans le numérique inclusif : applications de rappel de dépistage adaptées, téléconsultation avec traducteurs, plateformes multilingues pour l’information. À condition de résoudre la fracture numérique, ces innovations peuvent compléter l’arsenal d’outils à disposition des quartiers prioritaires.
L’enjeu est d’articuler ces approches pour que la prévention soit, réellement, l’affaire de toutes et tous, quels que soient le territoire, la langue ou les conditions sociales. La diversité des actions à l’œuvre en France constitue, à cet égard, un vivier d’idées, d’expériences et de possibles réplications pour bâtir une société plus solidaire par la santé accessible à chacun.