En France, selon l’enquête Information et Vie Quotidienne (INSEE, 2021), plus de 7 % des adultes rencontrent de graves difficultés avec la lecture, l’écriture et la compréhension de textes courants — soit plus de 2,5 millions de personnes concernées. Dans le domaine de la santé, ces difficultés sont accentuées par le jargon médical, la complexité des procédures et parfois la surcharge d’informations.
La faiblesse des compétences en lecture ne concerne pas uniquement les situations dites d’illettrisme. Beaucoup de personnes ayant suivi tout ou partie de leur scolarité peuvent être gênées dans la compréhension d’un document de prévention classique. Les barrières linguistiques, culturelles ou sociales viennent s’ajouter à ces freins.
Adapter les supports aux publics peu lettrés est donc un objectif de santé publique. Mais comment procéder concrètement ?
L’observation de terrain, les retours d’associations (comme ANLCI - Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme), ou les ateliers d’échange avec des publics concernés permettent de mieux cibler les attentes réelles en matière d’information.
L’image est un vecteur puissant, à condition de veiller à sa lisibilité et à son adéquation culturelle.
| Type d’image | Bénéfices | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Photos | Réalisme, identification facilitée | Veiller au respect de la diversité, éviter les stéréotypes |
| Pictogrammes | Clarté, rapidité de lecture | Tester leur compréhension auprès de divers publics |
| Bandes dessinées | Facile à mémoriser, narration possible | Scénario simple, éviter la multiplication des personnages |
Des outils existent pour trouver des pictogrammes santé validés : banque de pictogrammes AFM-Téléthon, Santé publique France, la plateforme Picto-Access.
La méthode FALC (« Facile à lire et à comprendre ») permet d’écrire des textes simples et universellement accessibles, notamment développée pour les personnes en situation de handicap intellectuel mais pertinente pour tous publics en difficulté avec l’écrit (source : Inclusion Europe, Santé publique France).
De nombreux documents officiels sont désormais transcrits en FALC, mais il reste beaucoup à faire pour généraliser ces efforts, notamment en prévention. Un guide est disponible sur le site Santé publique France.
L’expérience de nombreuses associations et centres d’accueil montre que l’information orale ou vidéo passe fréquemment mieux que l’écrit.
Les campagnes « SantéBD » (Comité d’Éducation pour la Santé) ou les outils « Coactis Santé » sont de bons exemples de ressources créées avec et pour les publics concernés. Ces productions sont en licence libre et adaptables aux contextes locaux.
L’efficacité des supports dépend largement de leur adéquation aux usages et à la compréhension réelle. Travailler avec des groupes d’usagers ou un panel d’associations permet de :
La démarche de co-construction implique aussi de repenser la posture de l’émetteur du message. Sortir du simple « descendant », accepter la réécriture, intégrer des retours critiques et des suggestions d’amélioration. Les réseaux d’éducation populaire (par exemple, la Fédération des Centres Sociaux de France) peuvent être associés à cette dynamique participative.
| Ressources | Usage | Lien/Contact |
|---|---|---|
| Guide FALC Santé publique France | Rédaction de textes accessibles | Télécharger |
| Bases de pictogrammes AFM Téléthon | Création de visuels santé | AFM Téléthon |
| SantéBD | Mise à disposition de vidéos, BD et supports interactifs | SantéBD.org |
| ANLCI | Formations et sensibilisations sur l’illettrisme | ANLCI |
L’adaptation des supports de prévention ne se limite pas à un enjeu technique. C’est l’opportunité d’installer une culture professionnelle axée sur l’accessibilité, la prise en compte des réalités des publics et la réduction effective des inégalités de santé.
Former les équipes à l’écriture simple, intégrer l’analyse des besoins réels, tester systématiquement les documents, mobiliser les acteurs de terrain sont des leviers puissants. L’approche « universelle », qui vise à rendre tous les supports plus compréhensibles pour tous (pas seulement pour les “exclus”), s’avère la plus efficace à grande échelle (source : Haute Autorité de Santé).
Prendre en compte la littératie santé est donc une exigence de qualité, un gage d’équité et un moteur d’innovation dans la communication en santé publique. Les collectivités, associations ou structures de soins qui s’engagent sur ce terrain contribuent activement à rendre effective l’information préventive pour chacune et chacun, sans exception.