Les inégalités de santé ne débutent pas à l’âge adulte, ni même à l’adolescence : elles s’ancrent, souvent silencieusement, dès la petite enfance. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 60 % des déterminants qui influencent la santé tout au long de la vie s’installent avant l’âge de 6 ans (OMS). La région Auvergne Rhône-Alpes ne fait pas exception : les disparités d’accès à la prévention, à l’éducation, au logement et à l’alimentation y pèsent dès les premiers mois de la vie.
Ces inégalités se manifestent de plusieurs manières :
Face à ce constat, une catégorie de professionnels joue un rôle souvent méconnu mais fondamental : les éducateurs de jeunes enfants (EJE).
Si l’image de l’EJE renvoie fréquemment à la notion de “garderie”, leur mission dépasse largement la simple surveillance. Les EJE placent l’éveil, la prévention précoce et le soutien à la parentalité au cœur de leurs pratiques. Leur action structure la trajectoire de santé des enfants, particulièrement pour ceux exposés à divers risques sociaux ou environnementaux.
En structures d’accueil collectif (crèches, multi-accueils, halte-garderies) comme en relais d’assistants maternels, les EJE interviennent au croisement de la santé, de l’éducation et du social. Ils contribuent :
Selon un rapport de la Caisse nationale des Allocations familiales (Cnaf, 2022), près de 45% des enfants les plus pauvres n’ont pas accès à une place en EAJE (établissement d’accueil du jeune enfant). Là où les enfants fréquentent ces structures, la proportion de familles monoparentales ou en situation sociale précaire reste faible, accentuant les inégalités d’accès à la socialisation et au repérage précoce.
Concrètement, comment les EJE peuvent-ils lutter contre les inégalités de santé, au quotidien ? Plusieurs axes se dessinent.
La région se distingue par la richesse de son tissu d’innovation sociale. Plusieurs initiatives portées par ou avec les EJE illustrent la capacité d’adaptation des professionnels aux besoins du terrain :
| Nom de l’initiative | Localisation | Spécificité |
|---|---|---|
| Passeur de mots, passeur d’histoires | Clermont-Ferrand | Ateliers de lecture partagée pour enfants issus de familles en précarité linguistique, renforçant le développement du langage |
| Crèches “à vocation d’insertion professionnelle” (AVIP) | Saint-Étienne, Lyon | Accueil prioritaire d’enfants de familles en insertion professionnelle, appui à la parentalité et inclusion sociale |
| Schéma SIEL (Santé Inégalités Enfance Locale) | Drôme | Coordination PMI/éducation/associatif pour repérer, orienter et suivre les situations d’enfants en difficulté sociale ou de santé |
Présentés lors des Journées de la Petite Enfance ou portés par les acteurs locaux comme l’IREPS ou les conseils départementaux, ces dispositifs montrent un engagement concret en faveur de l’accès universel à l’éducation, à la santé et à la prévention.
Malgré la diversité de leurs missions, les EJE se heurtent à plusieurs obstacles structurels qui limitent la portée de leur action :
Donner à tous les enfants la possibilité de bien démarrer dans la vie, c’est avant tout garantir un accès à un accompagnement de qualité dès la petite enfance, y compris dans les contextes de précarité ou d’exclusion. Les EJE, par leur positionnement entre soin, prévention, social et éducation, incarnent aujourd’hui une “frontière avancée” de la lutte contre les inégalités de santé.
Soutenir leur formation, renforcer leur coopération avec les acteurs médico-sociaux et ouvrir largement les dispositifs d’accueil constituent des leviers majeurs pour que les promesses de l’équité en santé deviennent réalité sur tous les territoires.
Pour ceux qui souhaitent approfondir cette question, plusieurs rapports et guides pratiques sont disponibles auprès de la HAS, de la CNAF, de la Fédération des acteurs de la solidarité, ou encore sur le portail Resource Petite Enfance.