Dans le débat sur les déterminants de santé, le logement reste un angle mort, particulièrement en ce qui concerne ses implications environnementales. Pourtant, plus de 14 % des Français déclarent souffrir d’au moins une forme d’inconfort liée à leur habitat (INSEE, 2022). En Auvergne-Rhône-Alpes, région contrastée où l’urbanisation rapide côtoie des territoires ruraux isolés, la question du logement insalubre revêt une gravité particulière.
L’insalubrité recouvre plusieurs réalités : humidité persistante, installations électriques défectueuses, absence de chauffage efficace, présence de plomb ou d’amiante, infestation de nuisibles… On estime qu’en France métropolitaine, plus de 400 000 logements sont considérés comme insalubres ou indignes, touchant potentiellement plus d’un million de personnes (Fondation Abbé Pierre, 2023).
Face à ce constat, l’insalubrité du logement ne peut plus être envisagée comme une simple atteinte au confort mais comme un risque sanitaire majeur, aggravant des disparités déjà existantes.
La région Auvergne-Rhône-Alpes incarne la diversité territoriale française. Si Lyon et Grenoble profitent de projets de rénovation urbaine, d’autres territoires connaissent une accumulation de logements dégradés.
Le mal-logement s’inscrit ainsi à l’intersection de vulnérabilités sociales, économiques et territoriales, amplifiant l’exposition à des environnements délétères pour la santé.
L’insalubrité ne touche pas au hasard : elle s’attaque aux plus vulnérables, mais aussi à ceux qui subissent déjà d’autres formes d’inégalités. Les populations concernées sont en général plus précaires, souvent isolées socialement, parfois issues de minorités, ou à la tête de familles monoparentales. Cette concentration des risques illustre le phénomène de cumul des expositions : non seulement le logement est en soi un facteur de danger, mais il « ajoute » au fardeau des autres inégalités.
L’effet du logement insalubre dépasse donc largement la sphère privée et transforme le déterminant environnemental en un enjeu structurel d’équité.
La lutte contre l’habitat indigne figure parmi les priorités des ARS et des collectivités depuis plusieurs années. Cependant, la mise en œuvre reste hétérogène et l’efficacité des dispositifs dépend hautement de la mobilisation locale.
Néanmoins, face à l’ampleur du bâti à rénover et des inégalités territoriales, ces dispositifs restent souvent insuffisants pour répondre à la demande : le nombre de signalements au Service d’Hygiène des Villes (plus de 6000 cas en 2022 dans la région) reste très supérieur aux interventions menées.
Améliorer l’habitat, c’est agir à la racine des inégalités de santé, en s’attaquant à leurs causes structurelles. Quelques orientations clés émergent dans les débats d’experts et des retours du terrain :
Face aux défis démographiques, climatiques et sociaux de l’Auvergne-Rhône-Alpes, comprendre le lien entre insalubrité du logement et disparités environnementales de santé devient essentiel. Le logement n’est pas seulement un abri : il façonne l’exposition à des risques, la résistance à la maladie et la capacité à adopter des comportements favorables à la santé.
En abordant le mal-logement comme un déterminant de santé environnementale à part entière, acteurs publics, professionnels de santé et associations peuvent faire émerger des réponses adaptées à la réalité du territoire. L’ambition collective : qu’aucune inégalité d’habitat ne se traduise par une inégalité de destin, ni par une fatalité sanitaire.
SOURCES : INSEE, Fondation Abbé Pierre (Rapport 2023), Agence Nationale de Santé Publique, ARS Auvergne-Rhône-Alpes, Observatoire National de la Précarité Énergétique (ONPE), Observatoire Régional de Santé Auvergne-Rhône-Alpes, DREAL, Métropole de Grenoble.