L’Auvergne-Rhône-Alpes compte un peu plus de 8 millions d’habitants selon l’INSEE (2023), dont près de 80 % vivent dans des espaces urbains. Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand ou encore Saint-Étienne incarnent ces pôles urbains denses, moteurs économiques et démographiques de la région. Mais la concentration de population, l’intensification des échanges, l’artificialisation du sol et l’exposition accrue à la pollution transforment profondément l’environnement de vie et, par ricochet, la santé des habitants.
Les écarts de santé environnementale – différentiel de morbidité ou de mortalité attribuable à des facteurs environnementaux comme la pollution de l’air, l’accès à la nature ou la température urbaine – sont désormais bien documentés. Ils se mesurent en comparant populations urbaines et rurales, mais également entre quartiers au sein d’une même ville.
L’OMS classe la pollution de l’air extérieur parmi les principaux risques sanitaires mondiaux. En région Auvergne-Rhône-Alpes, l’enjeu est de taille : selon Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, 2 000 décès prématurés par an à Lyon (source : Santé publique France, 2022) sont attribuables à l’exposition prolongée aux particules fines (PM2,5). Lyon se place parmi les métropoles françaises les plus affectées, devant Paris ou Marseille.
L’exposition chronique à ces polluants augmente les risques de pathologies respiratoires (asthme, BPCO), cardiovasculaires et certains cancers. Á Lyon, la prévalence de l’asthme est supérieure de 25 % à la moyenne régionale chez les enfants (ORS ARA, 2021).
L’écart de température entre centre-ville et périphérie peut atteindre +7°C lors d’épisodes caniculaires à Lyon, selon Météo France (2022). Un effet d’îlot de chaleur urbain (ICU) accentué par l’absence de végétation, la densité bâtie, les revêtements imperméables. Les ICU accroissent la mortalité pendant les canicules : lors de l’été 2003, l’excès de mortalité fut concentré dans les quartiers centraux, touchant particulièrement les personnes âgées isolées et les malades chroniques.
Les écarts de santé environnementale ne résultent pas seulement de la concentration urbaine, mais aussi de leur inégale répartition sociale. Certains groupes cumulent vulnérabilités économique, habitat insalubre et exposition accrue aux nuisances.
Ces caractéristiques se traduisent par des indicateurs dégradés : surmortalité prématurée, troubles anxieux et dépressifs, développement accru de maladies chroniques, absentéisme scolaire ou professionnel plus marqué.
La ville peut constituer, paradoxalement, un environnement favorable à la santé si elle facilite les mobilités actives (marche, vélo), la fréquentation d’espaces verts, l’accès à des services de qualité. Or, la densité urbaine produit ici aussi des écarts notables.
En zone dense, l’enjeu de la santé environnementale est particulièrement aigu pour les populations à besoins spécifiques :
Les écarts constatés en santé environnementale ne sont pas une fatalité. Plusieurs villes d’Auvergne-Rhône-Alpes expérimentent des dispositifs visant à réduire ces inégalités et rendre la ville, même dense, favorable à la santé de tous.
Réduire les écarts de santé environnementale en zone dense impose une alliance entre urbanisme, santé publique, climat et justice sociale. Parmi les leviers identifiés à l’échelon régional :
Si la densité urbaine, en Auvergne-Rhône-Alpes comme ailleurs, amplifie certains risques pour la santé environnementale, elle peut aussi devenir le laboratoire d’innovations favorables à l’équité et à la résilience. L’enjeu central : que chaque quartier, chaque habitant, puisse bénéficier des avancées, au plus près de ses besoins.
Sources :